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Interview

Relocalisation en Bretagne : “Eveiller les consciences sur les impacts des achats”5 min de lecture

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Depuis septembre 2022, BDI est missionnée par la Région Bretagne pour mener une expérimentation d’accompagnement de 10 entreprises volontaires à la relocalisation par les achats. À terme, elle doit permettre la définition d’une méthodologie qui pourra être déployée à une échelle plus large. Loïc Hénaff, conseiller régional et délégué en charge du sujet de la relocalisation pour la Région Bretagne, revient sur les contours et les enjeux de cette expérimentation.

 

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Loïc Hénaff, conseiller régional délégué à la relocalisation.

 

Un focus sur la relocalisation des achats pour initier un mouvement

Quels sont les objectifs de la Région pour la relocalisation et de l’expérimentation menée par BDI ?

À l’échelle de la Région, il s’agit de mettre en place une dynamique permettant aux entreprises, aux collectivités et aux consommateurs de se poser les bonnes questions et de faire des achats en conscience. Comment ? En les éveillant tous sur les impacts des achats sur les plans sociaux et environnementaux pour l’avenir de la Bretagne. Cela devrait permettre une mise en mouvement. C’est pour cela que nous nous focalisons sur la relocalisation par les achats.

L’objectif de l’expérimentation menée par BDI est ainsi d’identifier des actions et des outils simples et pragmatiques pour sensibiliser les chefs d’entreprise aux enjeux de la relocalisation. Ils pourront se former et monter en compétences et en expertise. Ils pourront mieux comprendre en quoi il existe des opportunités de relocalisation, pour des raisons d’indépendance de filière industrielle. Il ne s’agit pas délaborer des programmes avec lesquels ils ne se sentiront pas à l’aise et qu’ils n’utiliseront pas. Nous souhaitons développer une méthodologie qui permettra, à terme, aux entreprises, de se lancer dans la relocalisation, la localisation et la décarbonation. Mais pour cela, il faut les former.

Séminaires, colloques, webinaires, formations… Tout ce que BDI met déjà en place sera à développer. Un programme devra être conçu, en collaboration avec le comité de pilotage et les organisations. Identifier sur les territoires des fournisseurs potentiels de certaines industries implique de regarder les salons locaux avec un nouveau regard. Cela peut être un salon de la mécanique à Quimper, financé par la Région pour lancer une dynamique, par exemple. Afin que tous les artisans de mécanique industrielle peu connus soient mieux valorisés et que leur pérennité soit assurée. Cela crée forcément des opportunités d’innovation.

 

Comment est construite cette expérimentation ?

 

Ce comité pilote la façon dont est créée la méthodologie. Pour cela, nous effectuons du test & learn. À l’automne 2022, nous avons identifié et retenu une dizaine d’entreprises volontaires, prêtes à accorder de leur temps et prêtes à partager leurs données. Depuis décembre et jusqu’en mars 2023, nous collectons ces données afin d’aider les entreprises à identifier ce qui peut être relocalisé. Nous calculons également leurs empreintes économique, sociale et environnementale.

 

Quelles suites seront données à cette phase expérimentale ?

Nous nous donnerons un trimestre pour définir une méthodologie plus globale afin d’accompagner l’économie bretonne et les entreprises qui seront volontaires pour être sensibilisées et formées. Cela nous amènera aussi, avec les membres du comité de pilotage, à réfléchir à des plans d’actions afin que les entreprises bretonnes mettent plus d’intensité dans l’information et la connaissance du tissu économique breton. Nous devons faire en sorte que les entreprises implantées en Bretagne connaissent les start-up, les entreprises innovantes et les fournisseurs potentiels, de toutes natures que ce soit. Sans faire de l’ostracisme, se dire qu’au plus proche, c’est mieux. Nous ne sommes pas là pour contraindre les entreprises. 

Bien souvent, la question des achats est déléguée à des directeurs dédiés. Mais elle n’est pas toujours connectée à la direction de l’entreprise. Il n’y a pas toujours un bon alignement entre la politique achats et la politique générale. Des intentions d’achats peuvent exister, mais elles ne sont pas toujours suivies dans les actes. C’est une façon de réfléchir à doter des entreprises d’outils simples pour mieux aligner leurs stratégies et  mieux former les acheteurs. Afin qu’ils prennent mieux en compte les coûts totaux de détention et les impacts sociaux et environnementaux. Nous serons dans une phase de soft-power pour monter tout le monde en compétences. Il y aura probablement des actions à mener avec plus de vigueur. Je prends l’exemple des emballages biosourcés. Peut-être que la Région devra impulser un programme en la matière. Ou alors nous accompagnerons des entreprises qui se regroupent pour s’approvisionner en emballages ?

 

Hénaff a surtout travaillé la localisation

En tant que dirigeant du groupe Hénaff, avez-vous travaillé ces sujets liés à la relocalisation au sein de l’entreprise ? 

Nous n’avons pas tellement travaillé la relocalisation puisque nous avons surtout travaillé la localisation. L’entreprise a été créée en 1907 pour apporter de la prospérité au territoire. Nous avons toujours privilégié l’achat local. Les cochons proviennent de moins de 150 km depuis plus d’un siècle. La boîte est achetée à Douarnenez, à l’entreprise Franpac. Des vertus extraordinaires en découlent. Nous avons un destin économique croisé avec ces entreprises locales. Depuis trois ans, nous avons voulu chiffrer la part d’achats locaux réalisés. Le groupe Hénaff réalise 88% de ses achats en France et 80% en Bretagne. J’invite vraiment les entreprises à réaliser ces études en interne. Ce sera probablement la première démarche que nous inciterons à faire dans le programme de relocalisation pour la Bretagne. Je pense que le grossiste local qui vend des produits d’entretien à une entreprise est très heureux que ces achats de fournitures ne soient pas faits auprès d’une entreprise étrangère.