Solid Sail © Creasynth / Chantiers de l’Atlantique
© Creasynth / Chantiers de l’Atlantique
Enquête

Solid Sail/Aeol Drive, un projet de coopération hors-norme pour les entreprises bretonnes

ENQUÊTE disponible dans la Bretagne Sailing Valley® News – Newsletter #5 – Printemps 2021

Solid Sail/Aeol Drive, piloté par les Chantiers de l’Atlantique, vise à équiper des paquebots de croisière de trois mâts dotés d’immenses voiles rigides articulées de 1 200 m2 chacune, afin de réduire la consommation de carburant et les émissions de gaz à effet de serre. Il a franchi une nouvelle étape en février, puisque l’entreprise de Saint-Nazaire a annoncé l’installation sur son site, à horizon 2022, d’un démonstrateur à échelle 1. Plongée dans la technologie hors-norme d’un projet auquel participent de nombreuses entreprises de la Bretagne Sailing Valley®.

95 mètres de long, 2,20 de large, plus de 4 centimètres d’épaisseur de peau, le tout pour… 20 tonnes de carbone. Telles sont les mensurations exceptionnelles du démonstrateur qui sera installé sur le site des Chantiers de l’Atlantique en 2022. Pour le réaliser, ces derniers ont fait appel au savoir-faire de plusieurs entreprises de la Bretagne Sailing Valley®, reconnues pour leur expertise en composite : CDK Technologies, Lorima et Multiplast sont chargés de la construction des tronçons du tube, SMM de l’outillage et l’assemblage, Avel Robotics des manchons. Les voiles, composées de panneaux en fibres de verre et de carbone, sont quant à elles fabriquées intégralement chez Multiplast, tandis qu’ont également été associés à ce gigantesque projet Ocean Data System, Awentech, Pixel sur Mer, Blew Stoub et GSea Design.

C’est la taille de l’autoclave de 24 mètres de CDK Technologies qui a dicté les dimensions du gréement final : trois tronçons de cette longueur seront ainsi réalisés, puis réunis par des manchons pour le démonstrateur final de 72 mètres. Le directeur de Lorima, Vincent Marsaudon, explique à propos de la technique utilisée :

La technique du carbone pré-imprégné cuit sous autoclave – que nous maîtrisons bien – s’est rapidement imposée. Les tubes sont entièrement en monolithique, ce qui, pour des mâts non haubanés qui doivent durer 30 ans, est sans doute la meilleure solution.

Lorima participe ainsi à la section de mât de 33 mètres de long (1er démonstrateur) qui sera livrée cet été afin de tester la liaison entre le tube et la pièce d’acier, sur laquelle elle doit s’emboîter sur le pont du paquebot. « 24 mètres de cette pièce seront ensuite récupérés et incorporés dans le futur mât du démonstrateur », précise Vincent Marsaudon.

Pendant ce temps, chez Avel Robotics, le drapage par robot des manchons a commencé. Un point névralgique du gréement qui nécessitait une grande précision qu’apporte le robot de la société lorientaise. « Notre process ne dépend pas de l’opérateur, il est industriel. Avec à la clef une qualité reproductible, ce qui est capital dans ce projet », explique Luc Talbourdet. Le patron d’Avel a investi dans une seconde machine dédiée au projet, afin de pouvoir continuer à répondre aux demandes de ses clients de la course au large, notamment pour la fabrication d’appendices.

A quelques kilomètres de là, sur son site de Lanester, la SMM (Société morbihannaise de modelage) est une autre pièce maîtresse du projet. L’entreprise possède le plus grand centre d’usinage d’Europe avec un marbre de 45 m x 10 m x 5 m et deux nefs de 100 mètres de long. C’est ici qu’ont été usinés les trois moules femelles du mât et c’est aussi chez SMM que sera réalisé l’assemblage final.

Nous avons réalisé trois demi-moules en infusion carbone époxy avec une précision requise de 2 mm sur 24 m, explique le directeur Olivier Kerdoncuff. Chacun d’entre eux peut permettre de réaliser les demi-coquilles bâbord et tribord par un jeu d’inserts. Si bien que les trois entreprises chargées de la fabrication des tubes peuvent être autonomes pour faire un mât complet.

En ce moment, SMM travaille par ailleurs avec son département chaudronnerie à la réalisation de tous les bers d’assemblage du mât final.

C’est donc en 2022 que sera livré et testé ce premier mât de démonstration, dernière étape avant la commercialisation pour les grands navires, dont les premiers, à propulsion hybride, sont espérés pour 2025, ce qui laisse augurer la naissance d’une véritable filière industrielle pour les entreprises associées à ce programme.

C’est un projet auquel on croit dur comme fer, conclut Vincent Marsaudon. Vu la taille des pièces en jeu, aucune entreprise de la Bretagne Sailing Valley ne pouvait répondre seule au projet. Il a fallu tous s’asseoir autour d’une table.

Et Luc Talbourdet de renchérir :

Le monde a changé ! Voir tous les concurrents que nous sommes échanger sur un même projet qui va en plus dans le sens de l’histoire, c’est une chance extraordinaire.

 

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Photo © Creasynth / Chantiers de l’Atlantique