le navire à hydrogène Hylias
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Navires à hydrogène : un nouvel axe de développement économique pour la Bretagne8 min de lecture

L’ultime rencontre Bretagne Hydrogène Renouvelable de l’année s’est déroulée mardi 6 décembre à Saint-Malo. Focalisée sur les thématiques des écosystèmes portuaires et des navires à hydrogène, la journée a permis à BDI de présenter, entre autres, les résultats d’une étude stratégique sur la structuration de la filière régionale des navires Hydrogène.

 

Contexte de l’étude

Lancée en mai 2022, cette étude répond à l’une des priorités fixées par la feuille de route de la Région Bretagne de déploiement de l’hydrogène renouvelable : décarboner le transport maritime au large des côtes bretonnes grâce à cette solution énergétique.

Assurant la mise en œuvre et l’animation de cette feuille de route, BDI a piloté l’enquête Navires à hydrogène. Le bureau d’études et de conseil Alca Torda Applications, expert dans le domaine de l’hydrogène et des piles à combustible et dans l’intégration de systèmes hydrogène embarqués, a réalisé l’étude.

D’autres territoires maritimes internationaux, avec le Japon, la Corée ou la Norvège, et nationaux, avec la Normandie ou les Pays de la Loire, sont déjà positionnés sur la décarbonation de leur flotte maritime via l’hydrogène. “Dans ce contexte concurrentiel, l’étude se focalise sur les segments que peut capter l’écosystème industriel breton”, indique Anthony Dobaire, chargé d’études chez BDI, qui a piloté l’étude.

 

  • Daniel Cueff, vice-président de la Région Bretagne en charge de la mer et du littoral, a présenté les lauréats de l'appel à projets pour les “Transitions énergétiques des filières pêche et aquaculture bretonnes”.

 

Quatre axes de réflexion, trois objectifs

Présentée devant un parterre d’élus et d’acteurs bretons impliqués dans des projets en Bretagne, l’étude avait pour objectifs de :  

  • positionner le territoire, 
  • évaluer les usages, 
  • dresser un état des lieux des forces en présence. 

 

Quatre axes de réflexion ont ainsi été croisés et mis en perspective :

  • Un benchmark des territoires maritimes positionnés sur la question de l’hydrogène, 
  • Un relevé des navires potentiels utilisateurs d’hydrogène (volume, types et tailles), 
  • Une chaîne de valeur détaillée permettant de décrire chaque type de bateau, les éléments les composant, les différentes chaînes de propulsion envisageable, 
  • Les problématiques et les freins liés à chaque mode de propulsion, ainsi qu’à leurs combinaisons (vélique / pile à combustible / combustion / électrique…), aux infrastructures (alimentation…), logistique…

 

Des fondations solides pour développer la filière régionale des navires à hydrogène

Dans une optique de développement de la filière des navires à hydrogène à son échelle, la Région Bretagne peut s’appuyer sur une assise solide. Elle peut s’appuyer sur un écosystème précurseur en matière d’hydrogène, en témoignent les nombreux projets sur les rails, et de forces historiquement présentes en matière de construction navale. “La Bretagne dispose d’un leadership sur les navires hydrogène au niveau national.”

 

Découvrir la carte des projets hydrogène renouvelable en Bretagne

 

En outre, avec ses 15 navires et 22 ports, faisant d’elle le deuxième armateur public de France, la Région Bretagne se positionne comme l’un des acteurs majeurs de l’activité de transport maritime. Ce statut lui offre l’opportunité d’impulser l’activité de cette nouvelle filière navires à hydrogène et d’en ramener la valeur économique sur le territoire. Quand bien même les premiers bateaux à hydrogène sont encore pour le moment bâtis dans d’autres pays.

 

Des liaisons courtes îles-continent comme premiers usages et des besoins en formation

L’étude révèle que les navires de commerce affectés à des liaisons courtes entre les îles et le continent sont les plus adaptés pour être équipés de motorisations électro hydrogène. À l’image du navire Hylias, dont la Région Bretagne va se doter afin de desservir les îles du Golfe du Morbihan. “De même que les navires portuaires, de la petite pêche aux engins dormants et ceux du secteur de la conchyliculture”, précise Anthony Dobaire. 

A l’heure actuelle, plus de 700 bâtiments de la flotte bretonne peuvent recevoir cette technologie : 

  • 270 navires de conchyliculture,
  • 298 de petite pêche,
  • 97 de pêche côtière,
  • 115 de pêche au large,
  • 5 de grande pêche

En termes d’infrastructures, la Bretagne est dotée de chantiers de bonnes dimensions pour la construction de navires à hydrogène. Cependant, la transformation industrielle passera nécessairement par des actions de formation pour négocier le virage du mécanique vers la chaîne de valeur hydrogène (intégration, maintenance, sécurité…).

 

Au cœur de la transition : le choix et le coût de la technologie

Selon les projets (nationaux et internationaux) observés dans l’étude, la technologie la plus installée à bord des différents bâtiments est celle des piles à combustible de type à Membrane Echangeuse de Proton (PEMFC). Quant au stockage embarqué de l’Hydrogène ce sont des stockages à 350 bars qui ont été les plus utilisés jusqu’à présent. 

Dans cette phase d’amorçage, les coûts sont encore très élevés et représentent un investissement 3 à 4 fois supérieur à la construction d’un navire de même taille pour le même service. À cela, il faut ajouter l’infrastructure de production et de distribution à mettre en place avec le projet du nouveau navire électro-hydrogène.

Cependant, si l’investissement pour l’infrastructure hydrogène représente un ticket d’entrée indispensable pour l’accession du territoire à cette nouvelle énergie décarbonée, la reproduction d’un navire de modèle équivalent ne représenterait que 20% de son équivalent à motorisation conventionnelle.

L’étude indique également la nécessité de maintenir une veille rigoureuse sur l’évolution des technologies et des coûts d’exploitation et de production associés. 

 

Briques technologiques et chaînes de valeurs

L’étude a permis d’identifier précisément les acteurs bretons de la construction navale capables d’accéder aux technologies de l’Hydrogène et de les positionner sur une chaîne de valeur spécifique. Alca Torda et BDI ont croisé les bases de données « Construction navale » et « Hydrogène », avec le concours de Bretagne Pôle Naval. 

Ce travail a débouché sur l’identification de deux catégories d’acteurs : 

  • ceux qui sont d’ores et déjà inscrits dans la chaîne de valeur construction navires Hydrogène 
  • ceux qui, grâce à des actions de formations, peuvent évoluer.

 

Retrouvez le diaporama de la journée :

 

 

Des financements possibles pour les porteurs de projet

BDI a aussi piloté une étude sur le recensement des aides auxquelles des porteurs de projets de conception et de construction de navires à hydrogène peuvent prétendre.

Ce tableau répertorie les financements auxquels peuvent prétendre les porteurs de projet. 

Le tableau est évolutif. De nombreuses aides pourront être disponibles à l’avenir mais n’y sont pas indiquées pour le moment.

 

 

Les lauréats de l’appel à projets de la Région dévoilés

Région moteur dans les transitions en faveur du climat, la Bretagne a lancé en début d’année un appel à projets pour les “Transitions énergétiques des filières pêche et aquaculture bretonnes”. Lors de la journée, Daniel Cueff, vice-président de la Région Bretagne en charge de la mer et du littoral, a annoncé les lauréats de cet appel à projets. 

Le premier projet retenu, “Pilothy”, est porté par l’entreprise Barillec, pour le compte d’un consortium composé, entre autres, de membres de l’Interprofession du port de Concarneau. Il a pour objectif d’étudier la faisabilité d’intégration d’une pile à combustible H2 à bord d’un navire de pêche existant. 

Le second projet est porté par la Chambre de Commerce et d’Industrie des Côtes-d’Armor. ESTEBAM associe un groupement composé d’un chantier naval, d’une société spécialisée dans l’intégration de systèmes de motorisation électro-hydrogène à bord de navires, d’un bureau d’architectes et du CRC Bretagne Nord. Il consiste à analyser les diverses conditions (techniques, réglementaires, normatives et économiques) pour la conversion à l’hydrogène d’une barge amphibie conchylicole existante. “La Bretagne se donne les moyens d’être une force motrice de la transition énergétique de notre pêche, a rappelé Daniel Cueff. Elle n’est pas une simple centrale d’achat. La région est réellement proactive sur le sujet de la décarbonation du transport maritime.”

Retrouvez le communiqué de presse ci-dessous :