Interview

[360 Possibles] Roland Jourdain : « la prise de conscience doit nous tourner vers l’action »

Le skipper s'engage pour la protection des mers.

A l’occasion de l’intervention de Roland Jourdain lors de l’événement 360 Possibles, nous publions l’interview qu’il nous avait accordée, en novembre dernier, sur le thème de la protection des mers. Aujourd’hui chef d’entreprise et conseiller régional, le skipper s’est lancé dans des aventures entrepreneuriales orientées vers la protection de la nature. Kaïros, l’aventure collective qu’il a créée, œuvre pour créer des matériaux plus durables qui impactent moins l’environnement. Le fonds Explore fait également partie de cet engagement et a pour objectif de transformer les enjeux environnementaux en nouveaux terrains d’explorations au bénéfice de l’homme et de la planète.

Rencontre avec un observateur avisé & amoureux de la mer qui interviendra dans le parcours « Breizh Cop – La Bretagne s’engage pour la planète », lors de l’édition 2019 de 360 Possibles. Rendez-vous pour sa conférence le 12 juin de 14h à 15h.

Roland Jourdain (au centre) en novembre 2018 sur la scène de 360 Possibles © Céline Diais

Peut-on parler d’une prise de conscience grandissante concernant la protection des océans ?

Le constat semble général : la pollution des océans n’est qu’une des conséquences de l’activité humaine. Cette prise de conscience doit nous tourner vers l’action. L’océan nous touche car on a tous un bout d’imaginaire porté vers l’horizon.

Quelles sont les pistes à envisager ?

Il y a différents leviers d’action. D’un côté, les législations nous poussent et tant mieux. D’un autre côté, on voit aussi que les législations arrivent quand les problématiques sont soulevées par les citoyens.

Face à ce constat (que je faisais déjà sur mon bateau au large), je n’étais plus du tout à l’aise dans la posture du témoignage. Je me suis creusé la tête pour savoir ce que je pouvais faire. L’aventure des matériaux qui impactent moins l’océan a commencé comme ça [ndlr : Roland Jourdain a monté un bureau d’études dans ce domaine des matériaux bio composites issus de fibres et de résines naturelles].

Je me retrouve 30 ans en arrière au moment de l’émergence des matériaux composites qui remplaçaient en mieux l’aluminium et le bois. A l’époque, la préoccupation de l’impact de ces matériaux sur l’environnement n’existait pas.

Les choses évoluent-elles aujourd’hui ?

La transformation n’est pas facile, elle ne se réalisera pas en un jour. On vit aussi dans un monde cerné par la communication… Certes, c’est dans l’ère du temps mais on constate beaucoup de communication faite sur ces questions au détriment de l’action.

Les solutions passent-elles par la mise en liens des acteurs et du montage de partenariats ?

Oui, je le pense. L’aventure Kaïros a commencé parce qu’on travaillait déjà avec l’Ifremer sur la caractérisation de matériaux pour la voile de compétition. Souvent se cache une histoire de rencontres humaines. Dans notre cas, Peter Davies à l’Ifremer travaillait déjà sur ces questions ainsi que Christophe Baley et d’autres à l’Université Bretagne Sud. D’emblée, ces interlocuteurs très compétents nous ont rapidement permis d’être entre la recherche fondamentale et l’industrialisation. Le tout en gardant l’ADN d’une petite entreprise c’est-à-dire de faire des prototypes, des petites séries, de se creuser la tête pour faire la preuve du concept.

Comment mettre en place ce type de collaboration ?

On vit dans un monde très techno, les spécialistes sont nombreux et partout. Le challenge c’est de retrouver des cellules où l’on s’échange le savoir. La solution a votre problème peut venir d’un secteur que vous n’aviez pas du tout envisagé. Il faut garder les écoutilles ouvertes. Par exemple, la protection des océans dépend aussi des activités humaines à terre. L’une des pistes intéressantes que l’on a d’ailleurs évoqué lors de 360 Possibles, l’an passé, c’est le biomimétisme. Regarder la nature et ses mécanismes pour trouver les solutions. Dans la nature, les espèces collaborent…Je précise que sur le volet collaboration, le terrain est assez favorable en Bretagne. Mais des pistes d’accélération peuvent être trouvées.

Lors de 360 Possibles, vous avez déclaré « nous sommes les champions du tri en Bretagne mais pas du recyclage »…Pouvez-vous expliciter ce propos ?

Nous sommes de très bons élèves sur le tri. Ce qui prouve qu’il y a une sensibilité sur le sujet en Bretagne. On est les meilleurs. Mais malgré tout, nous n’arrivons pas à produire de la valeur ajoutée issue de ce tri. Un énorme volume de ce qui a été trié sort de la Bretagne pour être revalorisé. Donc le bilan carbone n’est pas satisfaisant. C’est un vrai enjeu pour les collectivités et la Breizh Cop. Des portes restent à ouvrir pour créer de la valorisation  du déchet à l’échelle locale.

Pour finir, y a-t-il des mesures à prendre à la portée de tous ?

Les listes de choses à faire et à mettre en place ne doivent pas paraître insurmontables pour ne pas que les bras nous en tombent. Certains gestes du quotidien peuvent paraître anodins. A tort ! Par exemple : quand on fait une lessive, il y a une proportion non négligeable de microplastiques qui vont se retrouver directement dans le tout-à-l’égout puis dans l’océan ! Il y a beaucoup à faire en amont. Etre regardant sur les vêtements qu’on achète et leur qualité n’a rien d’anecdotique. Autre piste : les nombreux résidus de médicaments et autres contraceptifs polluent fortement les océans. On les y retrouve en grande quantité. On connaît désormais leurs conséquences sur les poissons et les changements hormonaux que cela implique sur les espèces ! Chaque médicament non consommé est un bienfait pour nos océans !