conférence eurolarge innovation 22 septembre 2023 bdi
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Voile de compétition : état des lieux de l’intelligence artificielle, de la stratégie énergétique et des foils5 min de lecture

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Le 22 septembre 2023, pendant le Défi Azimut Lorient Agglomération, Bretagne Développement Innovation et Audélor ont organisé une journée de conférences et tables rondes dans le cadre du programme Eurolarge Innovation à la Cité de la Voile-Éric Tabarly à Lorient. Un événement axé sur les enjeux actuels autour de l’intelligence artificielle (IA), des technologies des foils et de l’énergie à bord des voiliers de compétition, avec la participation de nombreux experts. Retour sur ces échanges denses et techniques.

 

 

Comment les acteurs de la voile de compétition tirent profit de l’IA ?

Premier grand sujet abordé lors de cette journée : l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans la voile de compétition. Xavier Guisnel, coordinateur Ingénierie chez VPLP Design, a ainsi expliqué : “Nous utilisons les technologies de l’IA pour améliorer les processus d’ingénierie en général. Elles nous ont été utiles pour créer notre simulateur dynamique – un outil central qui nous permet de faire naviguer les bateaux virtuellement – et nous aident également à traiter les données récoltées via ce simulateur afin de voir quels sont les paramètres influents sur la performance.”

Hugo Kerhascoët, ingénieur chez American Magic, défi américain en lice pour la 37e America’s Cup, a quant à lui raconté “que les capteurs installés sur les bateaux transmettent une quantité importante de données multidimensionnelles qu’il est assez difficile d’explorer avec les techniques classiques de statistiques. Les outils de l’IA permettent en revanche de mettre rapidement en évidence des informations intéressantes.”

Autres invités de cette table ronde : Olivier Douillard, le fondateur d’AIM45, qui développe et commercialise une plateforme logicielle dédiée à l’exploitation des navires, et Gaëtan Gouerou, cofondateur de Sea.Ai, un système qui combine des capteurs optiques et l’intelligence artificielle pour détecter les objets flottants. “Ce sont ainsi plus de 70 millions d’images qu’analyse le système d’identification d’OFNI développé par Sea.Ai, indique ce dernier. “Une trentaine de bateaux (Imoca et Ultim) en sont équipés.”

 

 

L’IA, facteur de performance

Du côté des teams, Paul Fleury, ingénieur du Primonial Sailing Team, et Alexis Aveline, coordinateur technique & développement systèmes embarqués chez TR Racing, sont venus expliquer comment ils tirent profit de l’IA. “Nous avons choisi de mettre en place une équipe pour répondre à l’enjeu de la data, indique ainsi Alexis Aveline. C’est un choix stratégique car nous estimons que c’est une des clés pour améliorer la performance. L’analyse des données est ainsi utilisée pour le réglage du pilote automatique, la détection d’anomalies à bord, la gestion et la surveillance des charges structurelles et du gréement, mais aussi pour exploiter au mieux la vitesse et le réglage du bateau.”

L’IA est également appliquée à la météo pour améliorer la qualité des analyses et des routages. “Nous récupérons de plus en plus de données issues des bateaux ainsi que de données météo, notamment parce que les modèles sont de plus en plus performants, a indiqué Basile Rochut, cofondateur, avec Christian Dumard, de Marine Weather Intelligence, une start-up spécialisée dans les analyses météo et les routages maritimes. L’ensemble des outils de l’IA nous permet d’élaborer des polaires multidimensionnelles intégrant davantage de paramètres (vitesse du bateau, état de mer, houle, rafales, températures…) afin de mieux prévoir les performances des navires, de travailler sur des méthodes de routage innovantes ou encore de détecter des phénomènes météorologiques complexes.”

 

Stratégie énergétique : vers plus de sobriété ?

La stratégie énergétique d’un bateau en course a ensuite été abordée : quelles sont les technologies existantes ? Quelles sont leurs limites ? Jean-Marie Clément, ingénieur électronique en charge de l’énergie sur le trimaran SVR-Lazartigue, a ainsi expliqué : “La stratégie énergétique de l’Ultim s’articule autour de trois technologies différentes de production d’énergie : le moteur thermique avec sa génératrice qui est facilement pilotable, deux éoliennes qui donnent vite une production intéressante car ces bateaux ont des vents apparents assez élevés, ainsi que des panneaux photovoltaïques dont la production d’énergie est plus aléatoire.” Et l’ingénieur de Mer Concept d’ajouter que « la consommation est comprise entre 12 et 14 ampères par heure« .

De son côté, le skipper néo-zélandais Conrad Colman a raconté comment il avait relevé son défi de boucler le Vendée Globe 2016 sur un bateau autonome en énergie. C’est une tendance forte. “On voit de plus en plus de bateaux qui arrivent à boucler des courses sans démarrer leur moteur”, indique Paul-Louis Defretière, ingénieur chez SKYSAT. Alors comment tendre vers une autonomie décarbonée des bateaux de course ? “La réponse est chez les skippers qui décident des règles à établir sur ce sujet”, répond René Boulaire, chef jaugeur de la classe Imoca.

 

Un marché du foil en forte croissance

La dernière partie de la journée a été consacrée au marché des foils avec Adrien Marchandise, cofondateur d’Avel Robotics et Tanguy Le Bihan, fondateur de Foil And Co. “Le foil est vecteur d’innovation, de croissance et de business, a ainsi commenté ce dernier. Depuis 2021, le wing foil a explosé pour devenir aujourd’hui le support majoritaire sur l’eau.” Ce sport attire notamment des personnes qui n’avaient jamais pratiqué de sports nautiques auparavant. Un engouement favorisé par “la facilité de mise en œuvre, ainsi que par la facilité d’accès au sport puisque l’on apprend à voler assez rapidement”, a ajouté Eléonore Juhel, directrice du centre nautique de Kerguelen, à Larmor-Plage.

Enfin, au sein de la classe Imoca, quand certains affinent le profil de leurs foils, d’autres ont décidé de revenir à un plan avec dérives. David Raison est ainsi venu parler de l’Imoca sans foils qu’il a dessiné pour Eric Bellion et Jean Le Cam. “Un bateau moins cher, plus léger, plus fiable et plus simple à faire fonctionner !” selon l’architecte naval.