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[Retour sur] La Foil Racing Conference 2018 

Le compte-rendu de cet événement dédié au foil.

Plus de 140 personnes ont assisté à la 4ème édition de la Foil Racing Conference, à l’ENSIBS à Vannes. Cette journée, ponctuée de tables rondes, était dédiée à la conception, la fabrication et la pratique de navigation grâce au foil. 

Ce qu’il faut retenir…

 

Le foil, innovation technologique majeure et impactante

Carole Bourlon, responsable du programme Eurolarge Innovation a contextualisé l’importance d’une telle conférence en rappelant qu’une étude sur la voile de compétition en Bretagne avait été réalisée par Bretagne Développement Innovation courant 2017 ; Au cours de cette étude, 44% des chefs d’entreprise interrogés considèrent que les foils apporteront une réelle modification de leurs activités et des pratiques au cours des 10 prochaines années. La conférence a donc été l’occasion parfaite de développer cette affirmation.

Le potentiel économique du marché des foils

La journée a commencé par l’intervention de Tanguy LE BIHAN CEO de Foil&Co. Créé en 2016, Foil&Co travaille principalement dans le domaine du nautisme sport et loisirs. L’entreprise, spécialisée dans la production de foil, travaille 600kg de prepreg par mois.

Lors de la conférence Tanguy Le Bilan a proposé à l’auditoire, une étude du marché des foils, déclinée en 3 catégories :

  • Catégorie A : foil de loisirs (winfoil, kite-foil, surf/sup-foil)
  • Catégorie B : Dinghy à foils (voiliers de 3 à 7 m)
  • Catégorie C : voiliers à foils (voiliers de plus de 8m)

 

Sa présentation a permis de mettre en avant la très forte croissance du marché du foil de loisir, devenu un marché mondial conséquent (notamment pour le windfoil) qu’il évalue à 150 M€  :

Le potentiel économique du foil peut être détaillé en deux catégories :

  • Le potentiel direct : le foil apporte des carnets de commande aux fabricants spécialisés et aide les petites entreprises à se développer.
  • Le potentiel indirect : le foil permet en effet de vendre des matières premières, de créer du travail et des nouvelles compétences pour les BE, tout en attirant une nouvelle génération. Il participe également au développement de nouvelles zones de navigation et de nouveaux pratiquants, notamment pour la voile de loisir.

Le foil en pratique

Par la suite, c’est Guénolé HAVARD, responsable marque Tribord chez Décathlon, Thierry SERAY, Fondateur associé de Codezero et Thierry VERNEUIL, Président de BIC SPORT & Président du Conseil de l’ENVSN qui ont pris la parole.

Lors d’une table ronde animée par Pierre-Yves LAUTROU, Ces trois intervenants ont apporté des éléments pour expliquer « comment de la plage au large, le foil change la pratique de la mer ».

Sécurité, accessibilité, navigation dans le light wind etc….Découvrez leur intervention sur notre chaîne YouTube

 

 

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Interview de Guénolé HAVARD :

Quelles ont été vos motivations à intervenir à cette conférence Eurolarge Innovation sur le thème des foils et que peut-elle vous apporter pour votre activité ?

J’ai pris la direction de TRIBORD il y a 2 ans et demi et mon constat est que nous sommes trop « loin » des acteurs principaux du secteur. Le foil ouvre des perspectives sur ce marché car cela apporte une dynamique d’innovation et de la nouveauté. Je souhaite remettre l’innovation au cœur de cette marque et je suis convaincu que le foil ne doit pas concerner que l’élite ou les experts de ce sport. Nous (les acteurs de ce marché) devons absolument unir nos énergies afin d’attirer de nouveaux pratiquants. Ce qui est bon pour le marché est bon pour tout le monde !

En quoi la R&D de la voile de compétition est intéressante pour le nautisme et les collaborations qui pourraient être développées ?

Je crois beaucoup aux transferts de technologies. Le foil est à la croisée de l’aviation et du nautisme et nous voyons bien que des collaborations nouvelles se tissent. La R&D est essentielle à l’innovation, elle doit être guidée par « l’usage » (les sportifs) mais sans R&D nous restons dans des solutions connues (ce qui n’est pas nécessairement négatif).

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Le point sur les incidences dans différentes classes de navigation :

Lors de son intervention de Dominic BOURGEOIS, journaliste, est revenu sur les incidences du nouveau règlement technique de la Classe Ultim 32/23 sur les foils en rappelant l’existence de règles inamovibles, modifiables tous les quatre ans après le tour du monde en solo et enfin modifiables annuellement. Erwan LE ROUX, Président de la classe Multi50 et Quentin LUCET, Architecte naval, VPLP Design ont quant à eux présenté du bilan de la première saison des Multi50 avec des foils.

Retrouvez leur intervention

Architecture et design : où va la coupe de l’America ? 

Seulement deux semaines après la publication des 70 pages de nouvelles directives techniques de la prochaine Coupe de l’America, Gwénolé BERNARD, ingénieur en architecture navale et Benjamin MUYL, architecte naval du team Land Rover BAR sont revenus sur le design des futurs bateaux participants en 2021. Ils précisent d’ailleurs : « Les intentions sont claires, les zones d’ouvertures pour la créativité aussi ». Ce nouveau concept surprenant de monocoque sera équipé de 2 foils arms à acheter sur étagère dont les bords de fuites seront libre d’aménagement et de 2 foils wing asymétriques, libres de conception. Equipés d’un système de relevage standard, les foils pourraient être ballastés. Il s’agira d’une coupe dont les budgets seront conséquents laissant la possibilité aux teams de fabriquer deux bateaux avec deux grands voiles, ou les marins seront à nouveau au cœur de la compétition.

Retrouvez leur intervention

La fabrication mise en lumière

En deuxième partie de journée, c’est la fabrication qui a été mise en avant : Yann PENFORNIS, Directeur Général de Multiplast Groupe Carboman est intervenu pour exposer le process de fabrication des foils du Figaro 3.

Il est notamment revenu sur le challenge relevé à savoir  la construction de 100 foils à coût réduit nécessitant de modéliser chacune des 120 sections du foil de façon à les usiner en série par la suite. Pour rendre robuste le process, des maquettes échelle 1 ont permis de traiter tous les points singuliers. 16 prototypes ont été nécessaires pour faire les premières pièces. Le projet global géré en lean, permet de produire 1 foil tous les 5 jours et demi.

Les techniques de fabrication de foils pour les IMOCA ont ensuite été développées par Jean-Baptiste MOUTON, Directeur Technique associé chez Heol Composites. Heol Composites, dont 70% de son chiffre d’affaires est effectué dans le nautisme, a également une activité dans l’industrie, dans la course automobile et en aéronautique.

Le Vendée Globe 2016 a été la grande aventure vers le foil, puisque les 4 premiers à l’arrivée étaient équipés de foils. Le retour d’expériences des skippers a permis le développement de nouvelles techniques de fabrication afin de créer une nouvelle génération de foils optimisée pour la prochaine édition.

Jean-Baptiste MOUTON a précisé les différentes technologies expérimentées pendant le Vendée Globe :  foil en barrot plein drapé à plats, foil avec mèche pleine constituées de tôles monolithiques collées verticalement et le foil creux avec le tip et le shaft assemblés par une ferrure.

Ce panorama complet a permis de dresser une COMPARAISON des différentes technologies à géométrie et raideur égale.

 

 

La gestion de l’asservissement et des données

Jean-François CUZON, dirigeant de Pixel-sur-mer a introduit le sujet en présentant la gestion de la boucle informatique d’asservissement et les données en temps réels. Basée à Lorient, Pixel-Sur-Mer propose des solutions d’électronique embarqué notamment, pour les bateaux de course.

Jean-François CUZON a expliqué que de nouvelles problématiques se posaient avec l’arrivée du foiler :  en effet, celui-ci produit d’avantages plus d’informations, les collecter et les monitorer est donc nécessaire afin de pouvoir par exemple effectuer des calculs à haute fréquence. De nouvelles gammes de produits ont donc été développées pour répondre à ces problématiques.

Revivez l’ensemble de son intervention

Pour clôturer la journée, un panel d’intervenants composé de Denis GLEHEN, Dirigeant de GSEA Design, Mathilde TREHIN, Doctorante Madintec et Henry de MALLET, Ingénieur R&D chez nke marine electronics, s’est attaché à répondre à la question : « Mécanique, gestion de l’énergie et pilotage : comment intégrer toutes les technologies dans un ensemble cohérent ? » .

Les présentations faites par les intervenants a permis de faire ressortir les points suivants : sur le plan mécanique, les recommandations de Denis GHEHEN vont dans le sens de l’allégement et de la simplification des systèmes, mais aussi du travail de l’auto-stabilité. Pour Mathilde Trehin, la mise en place d’une stratégie de contrôle / commande est un point clé de la gestion de l’énergie, en vue de l’asservissement du pilotage.

Henry de Malet a quant à lui exposé la logique de développement pour permettre la meilleure utilisation des foils sous pilote.

RDV le 26 juin pour le prochain événement Eurolarge, en savoir plus ici